Un Sfar pour la paix
Monsieur Sfar, une nouvelle fois pour le meilleur, fait parler de lui en ce début de saison littéraire avec une idée simple mais oh combien symbolique: sortir un album du chat du rabbin en hébreu et en arabe. Certains vont crier et s'agiter car ils ne supportent pas le succès de Joann, mais la Bd est aujourd'hui dans une dimension différente, plus proche des réalités du monde qui nous entoure et Joann Sfar y participe activement.

Le pitch de l'éditeur et quelques interventions de Joann Sfar:
" C’est l’histoire d’un chat maigre comme un coucou, gris comme une souris, qui passe sa vie à roucouler dans les bras cuivrés de sa jolie maîtresse, Zlabya, la fille du rabbin. Et puis voilà qu’il croque un perroquet trop disert, et soudain c’est lui qui peut causer. Et mentir. Ce qui ne se fait pas, lorsqu’on est chat de rabbin. L’homme de foi se pique alors d’en faire un bon juif. Seulement le chat déploie un sacré don pour la dialectique : il argumente, pérore, chicane, vétille et ratiocine, contredit, raisonne, en talmudiste digne de ce nom. Pour finalement exiger, puisque c’est comme ça, de faire sa Bar-Mitsva. Sous le soleil d’Alger la Blanche, tout en tapis feutrés, jolies tentures, plateaux dorés, thé à la menthe et pâtisseries au miel, les personnages de Joann Sfar ressuscitent une communauté juive dans le Maghreb des années 1920. On s’invective, on rit beaucoup, on pleure aussi dans ce judaïsme joyeux et plébéien, où la tendresse et l’humour tiennent lieu de credo. « L’étrangeté, c’est que ces gens-là ne parlaient sans doute pas hébreu, qui était la langue des prières, mais conversaient certainement en arabe, l’idiome de tous les jours », souligne Joann Sfar. Pour ne pas faire de jaloux, voici le premier volume de la saga judéo-féline traduite dans ces deux langues. Que l’on prononce Kit al-Hakam (en arabe) ou khatoulo shel harav (en hébreu), ce Chat du rabbin en « version originale » a le mérite de montrer « qu’il y a eu des juifs qui parlaient arabe » : « d’un point de vue politique, ça me paraît intéressant d’expliquer ça à des enfants d’aujourd’hui. » L’air de rien, le matou de Joann Sfar donne une leçon de tolérance et d’insolence : « J’aime bien l’idée que ces traductions soient destinées avant tout au public français. Qu’elles soient lues par des jeunes qui étudient ces langues, et leur donnent vie hors de tout contenu religieux. »

Si vous êtes donc capable de lire l'hébreu ou l'arabe, ou tout simplement si vous vous considérez comme un citoyen de ce monde, je vous conseille de vous procurer ces albums, moi qui ne comprend rien à ces deux langues, j'ai été emballé par la beauté graphique du lettrage qui s'adapte parfaitement à la BD.